
Le
cloître du XIIIe siècle, quoique mutilé en ses galeries nord
et sud, est remarquable par la pureté des arcades gothiques de
style Plantagenêt qui s'inscrivent dans un parti ogival très pur,
chaque travée ternaire s'ouvrant sur le jardin par une arcade
géminée surmontée d'une mandorle, le tout formant dans son schème
le symbole d'un lys, hommage de cette abbaye bénédictine masculine
à la reine du ciel, la Vierge Marie, en même temps qu'au mystère
de l'Incarnation.
La galerie de l'orient est consacrée à un thème eucharistique
rarissime : des anges prêtres aux clefs de voûtes y célèbrent
l'offertoire et la consécration au cours de la sainte Messe en
écho au service liturgique de l'abbatiale contiguë.
La
salle capitulaire qui en est l'aboutissement, est exceptionnelle
par l'équilibre de son architecture, son acoustique et l'harmonie
de ses peintures murales, rares car associées à des bas- reliefs
sculptés jadis recouverts d'or, enchâssant les fonds de lapis-lazuli,
les tons chatoyants, les incrustations de pierres semi-précieuses.
Ces
peintures (techniques mixtes a fresco et al secco) datent de la
première moitié du XIVe siècle. Celles des tiers-points des voûtains
ont été restaurées au XVIIIe siècle.
Dans le jardin du cloître, lui-même entité muséale vivante, et
transformé en musée lapidaire, figurent en particulier la statue
du "gisant de l'Abbé Bernard de Ventadour" - XIIIe siècle - qui
dirigea la puissante abbaye à l'époque de sa reconstruction gothique,
la "Vierge aux moinillons", groupe en granite caractéristique
de la verve expressive de la sculpture limousine du XIVe siècle,
et l'évocation d'un siècle prestigieux trop oublié, le XIVe, véritable
trecento français, par les trois papes limousins en Avignon :
Clément VI, Innocent VI et Grégoire XI, sous la forme de gisants
en cénotaphes.
Le
jardin médiéval est l'un des joyaux du site, créé par le conservateur
en 2000, recomposé et densifié en 2005.
Il est enchâssé dans cette enceinte sacrée, présentant une évocation
de plantes prisées au Moyen Age, tant médicinales - les simples
- qu'ornementales, potagères, fruitières et tinctoriales.

Il témoigne de la notion paradisiaque du jardin à l'image de la
création originelle dans le microcosme que symbolise le cloître,
figure symbolique du monde ordonné, lié à tout l'univers par la
pierre, la terre, la lumière (le feu), le bois et l'eau, au centre
duquel s'introduit le cosmos céleste plongeant dans les eaux des
profondeurs par le truchement du puits central.
Une fontaine, ou vasque du griffon, y figure mystérieusement,
répondant en écho à celle du jardin du Palais des Papes en Avignon.

